On croit souvent que la « volonté du peuple » s’exprime par la sélection de représentants nationaux dans le contexte d’élections démocratiques. Voilà peut-être pourquoi les politiciens ont tendance à essayer de promouvoir une mentalité de « nous contre eux » afin d’endosser le rôle du leader qui donne la priorité à « son peuple ». Que se passe-t-il alors si les actes des représentants nationaux ne représentent et ne reflètent pas la voix de leurs citoyens ? Et si l’on ne donne pas au « peuple » l’opportunité de se définir avant d’en élire les représentants ? Et si la volonté du peuple ne consistait pas à créer une division de « nous contre eux » par le biais d’élections nationales, mais plutôt à traverser, de bonne grâce, les frontières nationales et créer une union en tant que « Nous, les peuples » au travers d’une initiative internationale ?

« L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. » (Article 2 du Traité sur l’Union Européenne). Cette Union Européenne fut créée après la Seconde Guerre Mondiale afin de mettre fin aux fréquentes et sanglantes guerres entre pays voisins, mais la montée récente du nationalisme dans plusieurs pays est venue menacer ces valeurs et la stabilité même de l’UE. En d’autres termes, l’Union pourrait être détruite des mains des mêmes forces et sentiments qu’elle était sensée brider (sans jamais anéantir). Le Brexit ôtera à TOUS les européens britanniques (65 110 000 de personnes environ) leur citoyenneté européenne et les droits en découlant, alors que seuls 17 410 742 d’entre eux (26,74%) ont voté dans ce sens. Au nom de la solidarité européenne et afin de combattre les vagues du nationalisme, nous devons nous unir contre le Brexit.

Comment ?

Tout comme nous sommes libres d’interpréter le proverbe « qui se ressemble, s’assemble » de façon positive (« unissons-nous ») ou négative (« laissez-les seuls »), nous sommes maintenant également face à un choix qui s’avèrera peut-être unique dans l’histoire des relations internationales.


Comme le proclame l’Article 1 du TUE, « Par le présent traité, les HAUTES PARTIES CONTRACTANTES instituent entre elles une UNION EUROPÉENNE, ci-après dénommée «Union», à laquelle les États membres attribuent des compétences pour atteindre leurs objectifs communs. Le présent traité marque une nouvelle étape dans le processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe, dans laquelle les décisions sont prises dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture et le plus près possible des citoyens. »

De la même manière, l’Article 20 du TFUE institue une citoyenneté de l’Union, tandis que l’Article 47 du TUE reconnait explicitement la personnalité juridique de l’Union en tant qu’entité indépendante. Cela signifie que la citoyenneté de l’Union fait partie des compétences exclusives de l’Union et que, bien que cette citoyenneté soit acquise par le biais de la nationalité, elle est distincte de la nationalité.


Dans l’Annexe 1 Section A du document 92/C 348/01 du Conseil Européen, les chefs de gouvernement et le Conseil Européen convinrent que : « Les dispositions de la deuxième partie du traité instituant la Communauté européenne, qui concerne la citoyenneté de l’Union, accordent aux ressortissants des États membres des droits et des protections supplémentaires, comme prévu dans cette partie. Elles ne se substituent en aucune manière à la citoyenneté nationale. La question de savoir si une personne a la nationalité d’un État membre est réglée uniquement par référence au droit national de l’État membre concerné. »

De plus, dans l’Annexe 3 de ce même document, le Royaume du Danemark formula des déclarations unilatérales affirmant que : « La citoyenneté de l’Union est un concept politique et juridique qui est entièrement différent de celui de citoyenneté au sens que lui attribuent la constitution du royaume de Danemark et le système juridique danois. Aucune disposition du traité sur l’Union Européenne n’implique ni prévoit un engagement visant à créer une citoyenneté de l’Union au sens de citoyenneté d’un État nation. »

Ces dispositions suggèrent que les États membres et les États nation pourraient conserver la compétence exclusive d’accorder ou révoquer la nationalité de leurs propres citoyens, mais que la citoyenneté de l’Union Européenne est un concept différent appartenant à l’Union Européenne.


Depuis les 2 derniers siècles au moins, la plupart des individus ont acquis leur appartenance politique et leurs droits en tant que citoyens du fait du hasard de leur naissance, sur la base des concepts de jus soli (« droit du sol ») et jus sanguinis (« droit du sang »). Il se peut que les migrants ayant traversé le processus complexe de naturalisation (qui diffère selon le pays) soient les seuls qui comprennent réellement le temps, l’argent et les efforts requis pour se voir accorder des droits que d’autres ont simplement reçu à leur naissance. Cependant, l’an 2017 offre aux peuples d’Europe l’opportunité unique de prendre l’initiative de se définir au-delà des frontières nationales. Il s’agit d’une chance pour les citoyens du Royaume-Uni de défendre leurs droits et pour les citoyens de l’Union Européenne de se battre pour les leurs, parce qu’ils pourraient bien leur être retirés également. Cette initiative pourrait aussi aider les citoyens de l’Union Européenne à rester au Royaume-Uni, mais, certes, elle ne fonctionnera que si nous agissons tous ensemble pour l’exiger.

Il est temps pour les citoyens européens de faire preuve de solidarité et de profiter de cette chance de se défendre et se battre pour une idée politique sans violence, car ce concept juridique fait déjà objet de la protection d’une Cour internationale de justice, qui a relevé à plusieurs reprises que « le statut de citoyen de l’Union a vocation à être le statut fondamental des ressortissants des États membres. »

Regardez cette vidéo de 5 minutes sur l’évolution des frontières européennes, ou celle-ci, ou une autre vidéo de votre choix. Si l’on observe les cartes en fond d’écran sur la page d’accueil montrant la carte politique de l’Europe en 117, 840 et 1556, il semblerait qu’il soit presque évident que la géographie politique européenne change tous les 700 ans (ou même plus vite). Mais la carte la plus récente (ci-dessous) présente l’Europe comme elle est réellement (la nuit) plutôt que comme elle « était » ou elle « pourrait être » si on y rajoutait des couleurs et des lignes pour établir des étiquettes fictives basées sur une idéologie « qui impose des frontières nationales et encourage le conflit et la compétition plutôt que la collaboration. Peut-être est-ce une bonne chose que les couleurs de cette dernière carte soient un fond bleu foncé parsemé de points jaunes. Peut-être qu’il n’y a aucun besoin de l’imaginer sous une forme différente. Par ailleurs, il y a quelque chose d’autant plus intéressant sur les images de la page d’accueil…

Tous les proverbes en plusieurs langues apparaissant sur les cartes expriment la même idée. Mais il faut les comprendre au-delà des frontières linguistiques/historiques

Si vous avez la chance de comprendre plusieurs langues utilisées ci-dessous (ou si vous êtes assez intelligent pour savoir utiliser la technologie pour y arriver), vous remarquerez que tous les proverbes disent la même chose sans dire la même chose. Chaque langue a une façon différente de s’exprimer en invoquant, entre autres, les oiseaux et les plumes (anglais), Dieu (espagnol), les espèces (néerlandais), les enfants (suédois), la farine (portugais) et le mot « égal » (allemand). Quelle que soit la langue dans laquelle on lise, on comprend bien l’idée selon laquelle « les personnes restent avec leurs semblables ». Mais le plus important ici, c’est que cette idée est indéterminée. La phrase a des connotations légèrement négatives dans certaines langues alors qu’elle a un ton plus positif dans d’autres (et il arrive également que ceci change selon les personnes ou le contexte). Est-ce une bonne ou une mauvaise chose que « qui se ressemble, s’assemble » ? Cela peut aussi vouloir dire que « les personnes restent vraiment toujours avec leurs semblables » ou que « les personnes devraient rester avec leurs semblables ». Est-ce donc une observation ou un ordre ? Ceux qui se rassemblent s’assemblent-ils pour toujours, ou bien s’assemblent-ils pour une cause commune avant de continuer leurs chemins individuels respectifs ?

Ce proverbe est, par définition, un paradoxe. Il dit vrai jusqu’au moment où l’on se rend compte qu’il dit faux, et il sera toujours faux jusqu’à ce que l’on souhaite qu’il dise la vérité. C’est pourquoi nous devons décider ce que « se ressembler » signifie, et décider si nous sommes unis par une cause commune, ou si nous choisissons de laisser nos différences donner lieu à des conflits.

Cette phrase aide peut-être aussi à comprendre pourquoi la devise de l’Union Européenne est « unie dans la diversité ». Nous ne comprenons peut-être pas toujours exactement les mots de l’autre et nous préférons peut-être nous exprimer au moyen d’une métaphore complètement différente, mais, en fin de compte, nous croyons tous que ceux qui sont égaux se rejoignent et nous pouvons choisir activement de réaliser cette idée. Ce proverbe et l’histoire européenne jusqu’en 2017 prouvent que les européens ne peuvent être séparés par des barrières physiques, ou par la notion selon laquelle le sang ou la terre peuvent diviser les êtres humains. Mais il existe maintenant un risque réel que les « peuples » soient emportés par le nationalisme rétrograde. D’autres pays pourraient suivre l’exemple et nous perdrions non pas seulement « la France » et « l’Allemagne » mais l’amitié et l’harmonie. Ainsi, bien que nous ne puissions pas toujours converser dans la même langue ou utiliser les mêmes métaphores, il nous reste toujours le choix d’essayer de comprendre, de se défendre les uns les autres et de s’assembler/s’unir pour atteindre un objectif commun.

EN : Birds of a feather flock together (« Les oiseaux d’une même plume se réunissent »)
DE : Gleich und Gleich gesellt sich gern (« D’égal à égal, on se retrouve volontiers »)
NL : Soort zoekt soort (« Toute espèce cherche son espèce »)
SV : Lika barn leka bäst (« Les enfants qui se ressemblent jouent mieux ensemble »)
NO : Like barn leker best (« Les enfants qui se ressemblent jouent mieux ensemble »)
DA : Krage søger mage (« Le corbeau cherche son partenaire »)
IT : Chi si assomiglia si piglia (« Qui se ressemble, s’entend bien »)
PT : Farinha do mesmo saco (« Farine d’un même sac »)
RO : Cine se aseamănă se aduna (« Qui se ressemble, s’assemble »)
ES : Dios los cría y ellos se juntan (« Dieu les crée et ils se réunissent »)
HU : Madarat tolláról, embert barátjáról (« On reconnait un oiseau par sa plume, un humain par son ami »)
CS : Vrána k vráně sedá (« Les corbeaux s’assoient toujours avec les corbeaux »)
PL : Swój swojego się trzyma (« Chacun protège les siens »)
EL : κύλησε ο τέντζερης και βρήκε το καπάκι (« La marmite a roulé et a trouvé son couvercle »)
RU : (« Un pêcheur reconnait un autre pêcheur de loin »)

©Translation: Amaia Lezertua Martínez